Friday, August 30, 2013

Boris Boillon, ancien ambassadeur à Tunis, arrêté avec 350 000 euros en liquide


Boris Boillon, l'ancien ambassadeur de France en Tunisie, le 17 février 2011, à Tunis.
Boris Boillon, l'ancien ambassadeur de France en Tunisie, le 17 février 2011, à Tunis. | AFP/FETHI BELAID

Selon des documents consultés par Mediapart, Boris Boillon, ex-conseiller deNicolas Sarkozy à l'Elysée et ancien ambassadeur de France en Tunisie, a été interpellé par la douane à la gare du Nord le 31 juillet, alors qu'il s'apprêtait à embarquer à bord d'un Thalis en direction de Bruxelles.

Sans document d'identité ni téléphone portable, vêtu d'un jean et d'un polo, ce diplomate de 43 ans à la personnalité fougueuse transportait dans un sac 350 000 euros et 40 000 dollars en espèces, raconte Mediapart, qui a pu accéder auprocès-verbal.

"J'AI OUBLIÉ MES DOCUMENTS D'IDENTITÉ EN BELGIQUE"
En vertu de l'article 464 du code des douanes, le transfert dans un autre pays de l'Union européenne de sommes supérieures à 10 000 euros est interdit sans déclaration préalable. En cas d'infraction, le contrevenant peut être puni "d'une amende égale au quart de la somme sur laquelle a porté l'infraction ou la tentative d'infraction""Le service de police judiciaire de la douane a été saisi et une enquête est en cours. Elle devrait notamment déterminer l'origine des fonds", précise Mediapart.
Lors de son audition, l'ancien diplomate, désormais résident belge reconverti dans les affaires, a tenté de justifier le transport de ces fonds par sa volonté d'ouvrir une filiale de son entreprise de consulting Spartago en Belgique. Il affirme que cette somme lui vient de ses activités auprès de sociétés irakiennes, qui lui ont été rémunérées en "numéraire" à Paris en raison du sous-développement du système bancaire en Irak.
Il affirme également avoir "oublié" ses papiers d'identité en Belgique en partant pour Paris le matin même, "justement" parce qu'il n'était "pas à l'aise avec cet argent", dont une partie était stockée dans une mallette "enterrée à côté de [s]a cave", et qu'il voulait "régulariser la chose au plus vite".

"DÉGAGEZ, PETIT SARKO !"
Cet ancien ambassadeur a été débarqué après l'élection de François Hollande, alors que son passage à Tunis avait été marqué par de multiples bévues. Lors de sa première rencontre avec la presse tunisienne en février 2011, il avait refusé de répondre aux questions des journalistes sur la ministre des affaires étrangèresMichèle Alliot-Marie, les qualifiant de "questions débiles" ou de "n'importe quoi".
Aussitôt, des centaines de Tunisiens avaient demandé son départ devant l'ambassade de France à Tunis, sous les slogans : "M. Boillon, vous occupez un poste diplomatique et vous n'avez rien d'un diplomate""Dégagez, petit Sarko !","Boris dégage !". Le diplomate avait été contraint de s'excuser publiquement.

La défiance entre Tunis et cet ambassadeur dynamique et atypique, qualifié de"Sarkoboy" par Marine Le Pen, ne s'est pas démentie par la suite, renforcée par des photos malencontreuses, comme celle tirée du réseau social Copains d'avant le montrant en play-boy en maillot de bain. En septembre 2011, l'ambassadeur n'avait pas arrangé son cas en posant à la une du magazine tunisien Tunivisions, en smoking noir, façon James Bond. Dans cet entretien un rien complaisant, il faisait sienne la devise d'Henri Bergson : "Agir en homme de pensée et penser en homme d'action." Les Tunisiens avaient peu apprécié.

L'interview de Boris Boillon dans le numéro de septembre du magazine "Tunivisions".

Pour finir, il y a eu les déclarations malvenues, sur un plateau de télévision français, du diplomate défendant Mouammar Kadhafi et l'idée "qu'on fait tous des erreurs et qu'on a droit au rachat". C'était avant que la France ne s'engage dans le conflit libyen. Lorsqu'il était conseiller Maghreb-Moyen-Orient de Nicolas Sarkozy à l'Elysée, Boris Boillon était surnommé "mon fils" par le dictateur libyen.
Très proche de Nicolas Sarkozy, dont il fut conseiller diplomatique entre 2007 et 2009, l'ancien diplomate arabophone a depuis quitté le Quai d'Orsay pour monterdeux sociétés de conseil, Spartago et French Group.


Source  Le monde

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