Sunday, February 12, 2012

La Banque Centrale Européenne risque-t-elle d’exploser en prêtant aux banques?




C’est un signal d’alarme que les observateurs de la situation européenne se doivent d’envoyer aux dirigeants de l’Union Européenne. L’accumulation de risques dans le bilan de la Banque Centrale Européenne (BCE) est devenu un sujet de grave inquiétude, né du fait que le bilan de l’institution va au-delà des limites prudentielles. Or, pour exercer ses responsabilités monétaires, la BCE a besoin d’être une institution financière solvable. Le Conseil de la BCE est loin d'etre unanime sur cette politique dont les risques sont devenus excessifs et la nouvelle tranche de prêt illimité aux banques à trois ans à 1 % qui sera octroyée ce mois-ci soulève la question de la stabilité de la BCE.

Qui plus est, son Président, Mario Draghi, semble encourager activement les banques à emprunter auprès d’elle alors que le bilan de la BCE est déjà surexposé. Pour ce faire il va jusqu'à s'opposer publiquement au président de la Deutsche Bank, Joseph Ackermann, qui considère que ce recours à la banque centrale devrait rester une intervention de dernier ressort, ce qui est parfaitement exact. Pour lui, les banques qui y font appel sont stigmatisées. Pourquoi donc le Président de la BCE est-il devenu le missionaire de ces crédits, sortant ainsi de sa fonction prudentielle de banquier central ? La situation bancaire europeenne est-elle devenue si précaire ?

Malgré le respect que j’ai pour la BCE et ses dirigeants, je ne puis pas souscrire à cette opération. Elle va, une fois de plus, utiliser l’argent public pour les banques qui pourront ainsi améliorer leur liquidité, mais surtout, réorganiser leur bilan et diminuer le coût de leur endettement. La BCE n’en a pas les moyens, et les banques n’en ont pas besoin, sauf dans des cas extrêmes qui sont du ressort des Etats où elles sont domiciliées.

A la suite de l’opération de décembre dernier, la taille du bilan de la BCE a augmenté de 3 5% en 2011. Certes, il y a deux mois, nous vivions un moment de grande tension sur la liquidité et la première tranche de prêt de la BCE a pu être utile. Mais ce n’est plus le cas. Le niveau d’endettement de la BCE correspond à celui de Lehman Brothers avant son explosion.

L’opération de ce mois-ci augmentera la taille du bilan de la BCE de 40 % à près de 4 000 milliards d’euros. C’est a peu pres le double de celui de la Reserve Fédérale des Etats-Unis (2.200 milliards d’euros). Cette croissance est intenable. Le montant des prêts de la BCE va doubler en 2012. Les banques ont maintenant eu le temps d’analyser la manière d’optimiser l’utilisation de ces deniers publics à bon marché et à moyen terme. Le Financial Times prévoit qu’elles lèveront deux fois le montant de décembre 2011 (494 milliards d’euros).

Mais il n’y pas que la taille du bilan, il y a aussi la qualité des suretés déposées par les banques : pour permettre une intervention plus importante de la BCE, il a fallu admettre en gage des titres qui n’atteignaient pas le niveau de qualité que l’on attend des banques centrales. Il n’y avait en effet pas assez d’actifs de première qualité disponibles pour couvrir les mises en gage requises. Si Joseph Ackermann est suivi, les emprunteurs de la BCE seront eux-memes de moindre qualité.

Enfin, en prêtant à 1 % à 3 ans, la trésorerie de la BCE accepte un risque de financement et de taux d’intérêt. La BCE n’est en effet pas un émetteur de titres à moyen terme, et les dépôts des banques sont en très grande majorité de l’ordre de la semaine ou du mois. Ceux-ci varient de 300 à 500 milliards d'euros, mais pourraient s’avérer volatiles. Ou la BCE va-t-elle trouver les liquidités pour octroyer ces 1 000 milliards additionnels et a quelles conditions de taux et de durée ?

Pour soutenir tout cela, 69 milliards de fonds propres sont évidemment insuffisants. Ils risquent d'etre écornés par des amortissements sur son portefeuille d'obligations grecques. Alors que l’on va demander aux banques 9 % de fonds propres au sens strict (niveau 1), la BCE vit avec 2 % de fonds propres. Si on y ajoute un compte de réévaluation de 130 milliards, on atteint 5 %. Tout cela n’est pas sérieux.

Une banque commerciale dont le bilan augmenterait de 40 % après une hausse de 35 %, qui accepterait des suretés de moindre qualité de ses débiteurs, qui prendrait un risque de taux et de financement pour la moitié de son bilan et qui disposerait de fonds propres insuffisants, serait aujourd’hui considérée comme dangereusement déséquilibrée, et probablement en faillite.

Et pourtant, la BCE ne fera pas faillite. Elle a derrière elle… les contribuables européens qui devront, si la situation se tendait et une crise de liquidité, de crédit ou de confiance devait se développer, injecter des fonds propres dans la BCE pour assurer sa survie. C’est donc sur les budgets européens que repose le risque ultime de la BCE, tout comme des autres institutions financières européennes.

Les gouvernements ont agi de manière irresponsable en traitant la BCE comme un réservoir sans limite pour les problèmes qu’ils ne parvenaient pas à résoudre. Ils ont choisi d’ignorer les contraintes de la vocation et du bilan de la BCE. Il est plus facile de transférer des actifs à la BCE que de les prendre en charge et de tenir compte du fait qu’il s’agit d’une dette publique, meme si elle n’est pas comptabilisée comme telle. En encourageant les banques à emprunter auprès de la BCE son Président ne fait que gagner habilement du temps comme le titrait le Financial Times.

C’est ces considérations qui me font pousser un cri d’alarme, et d’espérer, s’il en est encore temps, que l’on pourra, sinon arrêter, du moins réduire, une opération dont les conséquences pourraient s’avérer dramatiques. L’explosion de la BCE aurait un effet nucléaire sur la planète financière.

No comments: