Thursday, April 21, 2011

L'Europe submergée par l'azote


Les excès d’azote induisent une pollution bien moins connue que celle provoquée par le carbone. Mais elle s’avère tout autant dangereuse pour l’environnement et la santé. Sans compter que ses dommages, essentiellement dus à l’agriculture, sont estimés entre 70 et 320 milliards d’euros chaque année dans l’Union européenne, soit de 150 à 740 euros par personne et par an ou encore plus du double des bénéfices liés à l’utilisation d’azote pour l’agriculture européenne. Ce sont les chiffres publiés par la première Evaluation européenne pour l’azote, rendue publique lundi dernier lors de la conférence internationale Azote et changement climatique à Edimbourg (Ecosse), après cinq années de travail mené par des chercheurs de toute l’Europe.



Le procédé Haber-Bosch, l’innovation scientifique qui rendit possible, en 1908, la production industrielle d’ammoniac et donc, la production d’engrais, a révolutionné l’agriculture, en multipliant les rendements et en améliorant sa qualité, et permis de nourrir une population croissante. Mais parallèlement, l’émission d’azote dans l’environnement a été multipliée par deux dans le monde, et par plus de trois en Europe, devenant aujourd’hui en une menace pour l’humanité.

Le principal problème ne réside pas en l’azote en lui-même, mais dans le fait qu’il soit rejeté dans l’environnement en quantités importantes, essentiellement en raison de l’usage d’engrais dans l’agriculture, de la combustion d’énergies fossiles dans l’industrie et de la forte circulation automobile en zones urbaines. La moitié de l’azote utilisé se libère sous forme d’ammoniac et de nitrates, menaçant la santé et l’environnement.

Du côté de la santé, l’étude estime que plus de 10 millions d’Européens sont exposés à des niveaux de nitrates dans l’eau dépassant les seuils réglementaires, avec un risque de cancer accru s’ils la boivent régulièrement sans qu’elle soit bien traitée. La pollution azotée de l’air entraîne par ailleurs la formation de particules à l’origine de maladies respiratoires et pouvant réduire l’espérance de vie de plusieurs mois. Elle serait ainsi responsable de la mort prématurée de 300 000 à 400 000 personnes en Europe.

Quant à l’environnement, les excès d’azote se traduisent, de manière spectaculaire, par les phénomènes d’algues vertes et de zones marines biologiquement mortes qui se répandent le long des côtes bretonnes, en mer du Nord, en Adriatique et dans la Baltique. Mais les dépôts d’azote dans les forêts ont aussi entraîné une perte de biodiversité de plus de 10% sur les deux-tiers de l’Europe.

“L’azote est l’un des plus grands défis environnementaux du XXIe siècle”, conclut Mark Sutton, chercheur au Centre d’écologie d’Edimbourg. Dans un article dans la revue Nature, intitulé Un bon élément en trop grande quantité, le chercheur précise : “L’excès d’azote menace la qualité de l’air, de l’eau et de la terre. Il affecte les écosystèmes et la biodiversité et modifie l’équilibre des gaz à effet de serre.”

Autant d’impacts négatifs qui entraînent des coûts, qu’il s’agisse de soins de santé ou de traitement et d’épuration des eaux, ou encore, bien que difficilement chiffrables, de pertes liées à la dégradation des écosystèmes et à l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre.

Conclusion, selon les chercheurs : nous devons prendre conscience de la nécessité de réduire les excès d’émissions d’azote dans l’environnement. Cette réduction passe surtout par une évolution des pratiques agricoles. Mais aussi par des changements - les mêmes que pour la réduction des émissions carbonées - dans nos modes de vie : privilégier les transports peu polluants et réduire notre consommation de protéines animales. Car en réalité, aujourd’hui, 80% de l’azote utilisé en agriculture sert à produire de la nourriture pour l’élevage.

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