Monday, February 23, 2009

Les malgaches sont d'origine Taïwanaise


De Madagascar à la Polynésie et jusqu'à la lointaine île de Pâques, on parle des langues du groupe austronésien. Comment expliquer l'apparentement de ces idiomes, sur une si vaste étendue ? Où trouver leur origine commune ? Deux études, récemment publiées dans la revue Science, donnent la réponse. Les ancêtres de toutes les populations du vaste domaine austronésien étaient établis sur l'île de Taïwan il y a quelque cinquante siècles et ont essaimé d'île en île, en plusieurs vagues migratoires...

L'élégance du résultat est qu'il est issu de deux méthodes très différentes. La première est une analyse de linguistique comparative ; la seconde repose sur la variabilité génétique d 'Helicobacter pylori - la bactérie responsable de l'ulcère gastrique, qui est demeurée étroitement associée à Homo sapiens au cours de toutes ses migrations.

Dans leurs travaux, Russell Gray (université d'Auckland, Nouvelle-Zélande) et ses coauteurs se sont fondés sur le vocabulaire de 400 de ces langues austronésiennes. En utilisant des méthodes d'analyse statistique issues de la biologie, ils ont comparé ces lexiques pour bâtir un arbre généalogique de cette famille de langues. La construction de cette phylogénie dresse un scénario de migrations extrêmement détaillé. La langue à l'origine de tous les idiomes austronésiens était ainsi parlée, il y a environ 5 200 ans, à Taïwan.

De là, ses locuteurs se sont dispersés en plusieurs « pulsations » - et non graduellement, comme on pouvait le penser jusqu'alors. Ces phases migratoires successives se sont poursuivies après le Ve siècle de notre ère, pour parvenir jusqu'à la Polynésie centrale et orientale.

MARQUEURS GÉNÉTIQUES

« La théorie d'une origine taïwanaise des langues austronésiennes était soutenue depuis une vingtaine d'années par la majorité des linguistes, explique Laurent Sagart, linguiste au CNRS et associé aux travaux de M. Gray. Mais, jusqu'à récemment, des biologistes la jugeaient incompatible avec la présence, dans certaines populations austronésiennes, de marqueurs génétiques suggérant des peuplements plus anciens, remontant jusqu'à 20 000 ans. » L'origine des peuples austronésiens était ainsi située par certains généticiens dans l'Insulinde - l'archipel comprenant l'Indonésie, la Malaisie orientale, etc.

Migrations très anciennes venant de l'Insulinde ? Migrations beaucoup plus récentes en provenance de Taïwan ? Les indices s'accumulent donc en faveur de cette dernière hypothèse. « Cela s'intègre bien à l'idée de vagues migratoires consécutives à la maîtrise de l'agriculture et donc à l'augmentation de la démographie, au moins pour la période la plus ancienne, précise ainsi M. Sagart. Les linguistes reconstruisent un vocabulaire agricole fondé sur le riz et le millet dans la langue ancestrale de toutes les langues austronésiennes et grâce à l'archéologie, nous savons que ces cultures étaient en effet pratiquées il y a au moins 4 800 ans à Taïwan. »

Le lien linguistique mis en évidence implique-t-il un lien biologique entre les populations - c'est-à-dire un transport important d'individus ? Autrement dit, est-on sûr que la linguistique révèle des vagues migratoires et non, simplement, la diffusion d'une langue par acculturation de populations sur une vaste aire géographique ?

Oui, si l'on en croit l'analyse de la variabilité génétique d 'Helicobacter pylori. Une équipe internationale a étudié des échantillons du microbe, prélevés dans le domaine austronésien. « L'ancêtre de toutes les souches d'Océanie provient de Taïwan », confirme Sébastien Breurec (Institut Pasteur, Dakar), coauteur de ces travaux. Selon eux, la dispersion à partir de cette souche bactérienne ancestrale s'est produite il y a environ 5 000 ans. Ce qui recoupe de manière stupéfiante les conclusions fondées sur la linguistique.

Reste une question : pourquoi retrouve-t-on, dans certaines populations austronésiennes, des marqueurs génétiques anciens ? Dans un commentaire publié par Science, le grand archéologue britannique, Colin Renfrew, invoque de possibles contacts intervenus récemment avec d'autres peuples. L'étude d 'Helicobacter ne fournit pas non plus de réponse ferme.

Selon M. Breurec, le nombre limité d'échantillons bactériens étudiés ne permet en effet pas d'affirmer que les colons en provenance de Taïwan n'ont pas rencontré sur leurs routes migratoires, des populations installées là depuis bien plus longtemps : on sait en effet que des hommes ont peuplé la Papouasie Nouvelle-Guinée et l'Australie il y a 30 000 ans environ. Des comparaisons génétiques supplémentaires constituent « un travail que nous aimerions avoir la possibilité de mener », conclut M. Breurec.
Stéphane Foucart

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